Comment penser ensemble notre rapport aux ressources naturelles ? Cette question, à la fois urgente et complexe, ne peut se réfléchir seule. Elle appelle un dialogue pluriel, mêlant expériences sensibles, savoirs scientifiques, créations artistiques et engagements pratiques.
C'est dans cet esprit que la phase de co-création de la Biennale (re)connecting.earth 03 a rassemblé plus de 1 000 participant·es. Elle constitue une étape fondatrice du projet, pensée comme un temps d'expérimentation, de partage de savoirs et de construction collective des réflexions qui nourriront la Biennale à venir.
Vue de l'espace d'exposition à la Salle du Faubourg
Cette étape initiale s'est déployée sur une dizaine de jours et a pris des formes multiples. Vingt-quatre classes du canton de Genève ont participé à des ateliers pédagogiques destinés aux enfants. L'équipe d'animation de l'association art-werk mène depuis deux ans un programme éducatif dans les écoles primaires du canton. Les œuvres produites par les élèves ont occupé une place centrale dans l'exposition présentée à la Salle du Faubourg, affirmant l'importance accordée aux regards des plus jeunes dans la réflexion sur les ressources.
Cette dynamique participative s'est poursuivie avec de nombreux ateliers destinés aux familles ainsi qu'aux étudiant·es d'autres établissements, permettant d'élargir le cercle des réflexions.
Des élèves interagissent avec l'une des expositions de la Salle du Faubourg
En parallèle, plusieurs conférences et rencontres ont eu lieu des deux côtés de la frontière. En Suisse, une conférence s'est tenue à la Haute école de musique, tandis qu'en France, la Villa du Parc a accueilli un temps de discussion. Ces moments ont permis d'aborder et de questionner la notion de ressources naturelles, en cherchant à la redéfinir et à la recadrer. Les échanges ont notamment ouvert une réflexion sur la place des animaux de traite, considérés eux aussi comme des ressources, et sur les implications éthiques, sociales et économiques de cette catégorisation.
C’est frappant de voir comment une approche scientifique peut ouvrir des perspectives chiffrées et pleines d'espoir sur la force de l’art et des émotions dans les processus de transformation socio-écologique. La conférence du professeur Tobias Bruch a mis en lumière le rôle central des émotions dans le passage à l'action et dans la capacité à envisager des transformations sociétales. Elle a aussi montré comment un scientifique, sans formation spécifique en histoire de l'art ou en commissariat d'exposition, peut développer sa réflexion et son engagement à partir d'œuvres artistiques qui le touchent directement. La conférence est maintenant accessible en ligne.
Conférence du professeur Tobias Brosch – Les émotions. L'art comme catalyseur de l'engagement ?
Au-delà des discussions théoriques, ces questionnements ont trouvé un prolongement sensible à travers la performance de Yasuko, suivie d'une conférence, ainsi qu'à travers la projection de The Hunt de Christian Jankowski, présentée dans l'espace d'exposition de la Salle du Faubourg. Cette vidéo a contribué à enrichir les discussions sur les rapports entre chasse, domination, économie et représentation, en dialogue avec les œuvres exposées.
Des vidéos d'artistes qui participeront à la phase principale de la Biennale, tels qu'Ana Alenso ou Séverin Guelpa, ont également été présentées. Elles ont contribué à donner une tonalité aux réflexions en cours et à nourrir un terrain créatif propice à l'émergence de nouvelles idées.
Le jeu de rôle proposé par la performance de Carina Erdman, Lore D. Sellis etSteph Holl-Trieu a, quant à lui, permis d'explorer de manière ludique et participative les mécanismes sociaux liés au trading des ressources et au développement de systèmes économiques fondés sur leur exploitation. Cette performance, présentée à la Salle du Faubourg, a favorisé une compréhension incarnée de dynamiques souvent abstraites.
Des enfants regardent la vidéo The Hunt de Christian Jankowski à la Salle du Faubourg
L'exposition elle-même a été conçue non seulement comme un espace de présentation, mais aussi comme un lieu de transmission et de partage de connaissances liées à l'exploitation, à l'utilisation et à la consommation des ressources naturelles. Une bibliographie participative, alimentée à partir d'activités créatives, a permis de recueillir des contributions du public et d'esquisser un premier panorama des préoccupations exprimées par les Genevois·es.
Discussion lors d'un événement de la phase de co-création
Certaines expériences ont particulièrement marqué les échanges, comme l'atelier de tri de vis proposé par l'association Matériuum. Ce dispositif, qui pouvait sembler au premier abord presque décalé, a ouvert une réflexion approfondie sur les formes de circularité, ainsi que sur les mécanismes économiques capables de légitimer, au sein d'un système capitaliste fondé sur la croissance, une réutilisation consciente et raisonnée des matériaux. D'autres expériences, fondées sur le contact direct et l'engagement pratique, comme celles proposées par les initiatives partenaires De Fil en Fil et Histoire sans chute ont également contribué à enrichir cette période d'expérimentation.
Atelier « Échos de l'extraction » en partenariat avec l'association Matériuum.
Avec un peu plus de 1 000 participant·es, cette étape du projet s'est révélée riche d'enseignements pour poursuivre la recherche curatoriale et préparer les expositions à venir. Du contenu lié à ces différentes initiatives sera progressivement mis en ligne, permettant de prolonger et d'approfondir les réflexions amorcées lors de cette phase de co-création.
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